Cuba del Sol

La puissance symbolique d’une photographie. La photo du Che : de la réalité au mythe.

samedi 9 janvier 2010 par Chantal Chataing

Intervenants :

Patrick Talbot, directeur de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles

Patric Clanet, secrétaire général de l’ENSP d’Arles, doctorant sur « la nouvelle vigilance critique de la photographie latino-américaine ».

« Quand on parle de puissance symbolique, de quoi parle-t-on au juste ? Est-ce la photographie qui est la clé de cette puissance qualifiée de symbolique ou bien le personnage du Che ? Mais, si réponse il y avait, répondrait-elle à la question de savoir de quoi l’une et l’autre seraient le symbole ? La photographie n’est-elle pas plutôt dans le cas présent une icône ? Il n’a pas manqué en effet de commentaires assimilant le visage du Che à une figure christique. Mais, si on s’en tient aux définitions de Charles Samuel Pierce, la photographie est avant tout indicielle… l’indécision entre indice, icône et symbole ne conduit-elle pas à s’interroger sur cette photographie – en tant que photographie – à se demander pourquoi elle a eu un tel succès et en quoi ce succès, précisément photographique, est le signe d’une époque. » Patrick Talbot

Alberto Korda raconte sa prise de vue :

Du point de vue formel et technique, la photographie du Che n’est nullement exceptionnelle : elle est floue, mal cadrée, l’angle de vue n’est pas des meilleurs. Korda l’avait lui-même énoncé.

Son destin l’avait voué à demeurer sept ans au fond d’un tiroir… jusqu’au don de la photo à un journal italien. Trois mois après, Ernesto Guevara fut assassiné. La photo devenait parole et le Che un mythe porteur.

Alberto Korda, sans même l’avoir développée, savait pourtant déjà que c’était une bonne photo !

Alberto Korda, de son vrai nom Diaz Gutiérrez, était photographe pour le journal cubain Revolución quand il prit, le 5 mars 1960, le cliché alors qu’il couvrait les funérailles des victimes du sabotage du bateau français Le Courbe.

Il a raconté sa prise de vue : « Je me trouvais à quelque huit-dix mètres de la tribune où Fidel prononçait un discours et je tenais à la main un appareil à lentille semi-télé photo, lorsque je vis le Che s’approcher de la balustrade près de laquelle se tenaient Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Moi, je mitraille systématiquement tous ceux qui entourent Fidel. J’ai l’œil vissé sur le viseur de mon vieux Leica.

Soudain surgit du fond de la tribune, dans un espace vide, le Che. Il a une expression farouche. Quand il est apparu, au bout de mon objectif de 90 mm, j’ai eu presque peur en voyant la rage qu’il exprimait. Il était peut-être ému, furieux, je ne sais pas. J’ai appuyé aussitôt sur le déclic, presque par réflexe. Et j’ai « doublé » la prise mais, comme toujours, c’est la première qui était la meilleure. Il n’est resté que quelques instants et je n’ai pris que ces deux uniques photos. Elles ne sont d’ailleurs pas d’une netteté extraordinaire parce que je n’ai pas eu le temps de faire une bonne mise au point. »

Il développe la photo en arrivant au journal et pense que c’est une bonne photo : « On sent dans son regard une grande colère concentrée, une force extraordinaire dans son expression. » Cependant Revolución ne la publie pas.

Durant l’été 1967, l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli débarque dans le studio d’Alberto Korda. Il cherche des photos du Che et Korda lui remet la photo encore inédite…

Participation libre


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